Démarchage téléphonique par IA : reconnaître ces appels, ce que dit la loi, et comment protéger votre ligne pro
Par Bruno Vigné, fondateur d'Appellia · Publié le
Depuis le 11 août 2026, démarcher un particulier par téléphone exige son consentement préalable, et Bloctel a pris fin. Un professionnel appelé au sujet de son activité n'a pas cette protection : il peut seulement s'opposer à la prospection. Pour démasquer un robot, demandez qui appelle et si c'est une IA ; pour s'en protéger, bloquez les numéros qui reviennent.
Référencement, énergie, formation, « votre fiche va être désactivée » : une voix polie et pressée, qui répond à côté de vos questions. Ces appels arrivent sur la ligne pro, souvent au moment où l'on a les mains prises, et une partie d'entre eux ne sont plus passés par des personnes, mais par des automates ou des agents vocaux par intelligence artificielle.
Cet article explique comment reconnaître un appel passé par une machine, ce que dit la loi depuis le 11 août 2026, et pourquoi elle protège moins votre ligne professionnelle que votre ligne personnelle. Il donne ensuite les gestes qui marchent pour s'en protéger, sans faire taire les clients qui vous appellent pour la première fois.
Robot, automate, IA : de quels appels parle-t-on
Trois sortes d'appels se mélangent sous le mot « robot ». L'automate d'appel diffuse un message préenregistré, sans conversation : c'est le cas que traite la CNIL sous le nom de démarchage par automate d'appels. L'agent vocal par intelligence artificielle, plus récent, parle avec une voix de synthèse et répond à ce que vous dites, ce qui le rend plus difficile à repérer. Enfin, un appel où une personne vous répond peut avoir été composé par un système automatisé : l'Arcep encadre ces « systèmes automatisés d'appels » justement parce qu'ils peuvent émettre de très gros volumes.
Pour celui qui décroche, la différence compte peu : dans les trois cas, quelqu'un cherche à vous vendre quelque chose, et les bons réflexes sont les mêmes. Une quatrième famille est plus grave : l'appel frauduleux, qui usurpe le nom d'une entreprise, vous pousse à rappeler un numéro surtaxé ou cherche à obtenir vos données personnelles. Celui-là ne se traite pas comme du démarchage : il se signale.
Comment reconnaître un appel passé par une IA
Se fier à la voix est de moins en moins sûr. Quatre vérifications sont plus fiables que l'oreille.
- Posez la question : « Est-ce que je parle à une intelligence artificielle ? » Depuis le 2 août 2026, l'article 50 du règlement européen sur l'IA impose qu'un système conçu pour parler directement à des personnes les informe qu'elles parlent à une IA, sauf si cela ressort clairement du contexte. Un système honnête se présente de lui-même ; un appel qui esquive la question vous renseigne aussi.
- Demandez le nom de l'entreprise et la raison de l'appel. La CNIL rappelle que toute sollicitation doit permettre de connaître l'identité de l'organisation qui l'émet, et de refuser simplement les suivantes. Pas de nom clair, ou un nom qui change en cours de route : raccrochez.
- Regardez le numéro affiché. L'Arcep réserve aux systèmes automatisés d'appel des plages de numéros vérifiés : en métropole, ceux qui commencent par 0162, 0163, 0270, 0271, 0377, 0378, 0424, 0425, 0568, 0569, 0948 et 0949. Selon la DGCCRF, ces systèmes ne peuvent plus appeler un particulier depuis un 06 ou un 07 depuis le 1er janvier 2023, et aucun démarcheur ne peut joindre un consommateur depuis un numéro masqué. L'inverse n'est pas garanti : un appel qui ne respecte pas les règles n'affiche pas forcément ces plages.
- Méfiez-vous de l'urgence. Un appel qui presse de donner un code, des coordonnées bancaires ou de rappeler un autre numéro n'est plus du démarchage : c'est le schéma d'une fraude, qu'une IA ou une personne soit au bout du fil. Raccrochez, et rappelez l'entreprise citée au numéro que vous connaissez déjà.
Ce que dit la loi depuis le 11 août 2026
La loi du 30 juin 2025 a renversé la règle pour les particuliers. La DGCCRF le résume ainsi : depuis le 11 août 2026, il est interdit de démarcher par téléphone un consommateur sans avoir recueilli son consentement au préalable. Ce consentement doit être libre, spécifique, clair, univoque et révocable ; il ne vaut qu'un an au maximum, et le professionnel doit en garder la preuve au moins trois ans.
Avant, c'était l'inverse : pour ne plus être appelé, il fallait s'inscrire sur la liste d'opposition Bloctel. Le service Bloctel a pris fin le 11 août 2026, son site le dit lui-même : c'est désormais au démarcheur de prouver que vous avez accepté d'être appelé.
- Deux exceptions seulement : un appel lié à un contrat en cours et qui porte sur l'objet de ce contrat, et la vente de journaux, de périodiques ou de magazines.
- Trois secteurs où le démarchage téléphonique est totalement interdit : la rénovation énergétique, l'adaptation du logement à la perte d'autonomie et le compte personnel de formation.
- Des horaires : du lundi au vendredi hors jours fériés, de 10 heures à 13 heures et de 14 heures à 20 heures, sauf accord pour un autre moment, et pas plus de quatre appels au même consommateur sur trente jours.
- Pour les automates d'appel, la CNIL exige elle aussi le consentement préalable d'un particulier, avec une action positive de sa part : accepter des conditions générales ne suffit pas.
- Les sanctions, selon la DGCCRF : jusqu'à 75 000 euros d'amende par appel pour une personne physique, et 375 000 euros pour une personne morale.
Votre ligne pro n'est pas protégée de la même façon
C'est le point que la plupart des articles oublient. La règle du consentement protège le consommateur. Quand un démarcheur appelle une entreprise au sujet de son activité, la CNIL applique un autre régime : la prospection vers des professionnels peut se fonder sur l'intérêt légitime de celui qui appelle, à condition que l'objet de l'appel ait un rapport avec la profession de la personne démarchée. Elle donne l'exemple d'un logiciel présenté au directeur informatique d'une entreprise.
Ce régime vaut aussi pour les automates d'appel. Le professionnel n'a donc pas à avoir dit oui avant d'être appelé ; il doit avoir été informé, et pouvoir s'opposer simplement et gratuitement. Chaque sollicitation doit lui permettre de savoir qui l'appelle et de refuser les suivantes.
Concrètement, sur une ligne pro, le premier geste est de dire non clairement : « Je m'oppose à toute nouvelle sollicitation de votre part. » Notez le nom de l'entreprise, la date et le numéro. Si les appels continuent malgré votre refus, la CNIL indique qu'il est possible de lui adresser une plainte.
Comment bloquer ces appels sans perdre de clients
Le piège, sur une ligne pro, est de trop filtrer. Un nouveau client vous appelle forcément d'un numéro que vous ne connaissez pas encore : un réglage qui fait taire tous les inconnus le fait taire lui aussi.
- Bloquez un numéro précis, pas une catégorie. Bloquer depuis le journal d'appels de votre téléphone un numéro qui revient ne coûte rien et ne touche personne d'autre.
- Opposez-vous de vive voix dès le premier appel, et notez-le : c'est votre droit sur une ligne pro, et la base d'une plainte si les appels reprennent.
- Ne rappelez pas un inconnu qui insiste pour être rappelé, surtout sur un numéro surtaxé. Signalez les appels frauduleux au 33 700, gratuitement, en envoyant par SMS « spam vocal » suivi du numéro qui vous a appelé. Le 33 700 ne traite pas le démarchage, seulement la fraude.
- Pour les numéros des plages réservées aux automates, ne pas décrocher est un choix raisonnable. Gardez en tête que l'Arcep les autorise pour les automates, sans dire qu'ils ne servent qu'à cela.
- Restez joignable pour les autres. Un appel que vous ne prenez pas doit aboutir quelque part : une messagerie que vous écoutez vraiment, ou une assistante qui répond, note et vous rend compte.
Ce que fait une assistante vocale IA quand un robot appelle
Une assistante vocale comme celle d'Appellia ne fait pas taire votre téléphone. Elle s'installe par un renvoi d'appel conditionnel : votre téléphone sonne d'abord, et décrocher garde la main. Elle prend les appels que vous ne prenez pas, et c'est là qu'elle trie.
- Les appels venant des plages que l'Arcep réserve aux automates, et ceux des numéros que vous avez bloqués, sont refusés sans être décrochés : pas une minute décomptée.
- Un démarcheur qui tombe sur elle est remercié, et l'échange s'arrête : « Merci, mais ce type de sollicitation n'est pas souhaité. Bonne journée. » Elle ne vous transfère jamais un démarchage, même présenté comme urgent.
- Un appel où personne ne dit un mot, ce que laisse un robot qui raccroche, reste compté, mais ne crée ni fiche de contact ni notification.
- Les numéros jugés indésirables, ou qui ont appelé trois fois sans un mot, vous sont proposés dans l'écran « Numéros bloqués » de votre espace client. Rien n'est bloqué d'office : vous lisez, puis vous décidez.
- Le bilan de la semaine, dans votre espace client, dit combien d'appels ont été refusés et pourquoi, pour que vous ne croyiez pas avoir manqué des clients.
Appellia n'appelle personne
Une assistante qui répond n'est pas un robot qui démarche, et la différence se vérifie. Appellia ne passe aucun appel de prospection : ni campagne, ni relance de prospects, ni appel vers vos clients. Elle ne fait que répondre aux appels reçus par les entreprises qui l'utilisent. Le seul appel qu'elle passe est le transfert vers le numéro que vous avez choisi, quand la demande le justifie et si vous l'avez prévu.
Elle se présente comme une intelligence artificielle dès le début de l'appel, comme le demande le règlement européen, et ne prétend jamais être une personne. Elle ne sait que ce que vous lui avez écrit : une question dont la réponse n'est pas dans vos informations devient un message, pas une réponse inventée.
Questions fréquentes
Comment savoir si je parle à une IA au téléphone ?
Posez la question directement : depuis le 2 août 2026, le règlement européen sur l'IA impose qu'un système conçu pour parler aux personnes les informe qu'elles parlent à une IA, sauf si c'est évident. Demandez aussi le nom de l'entreprise qui appelle. Un appel qui élude ces deux questions ne mérite pas la suite de la conversation.
Comment bloquer les appels de l'IA ?
Bloquez les numéros qui reviennent depuis le journal d'appels de votre téléphone, et opposez-vous de vive voix à toute nouvelle sollicitation. Sur une ligne pro, évitez de faire taire tous les numéros inconnus : un nouveau client en est un. Une assistante vocale peut aussi refuser, sans décrocher, les numéros que vous avez bloqués.
Comment ne plus être démarché par téléphone ?
Pour un particulier, depuis le 11 août 2026, un démarcheur doit avoir obtenu votre consentement préalable, et vous pouvez le retirer à tout moment, y compris oralement. Pour un professionnel appelé au sujet de son activité, il faut s'opposer : dites clairement que vous refusez toute nouvelle sollicitation, et notez la date.
Quels numéros ne pas décrocher ?
En métropole, les numéros commençant par 0162, 0163, 0270, 0271, 0377, 0378, 0424, 0425, 0568, 0569, 0948 ou 0949 sont ceux que l'Arcep autorise pour les systèmes automatisés d'appel : ne pas les décrocher est raisonnable. Méfiez-vous aussi d'un inconnu qui insiste pour être rappelé sur un numéro surtaxé.
Bloctel existe-t-il encore ?
Non. Le service Bloctel a pris fin le 11 août 2026, avec l'entrée en vigueur du consentement préalable au démarchage téléphonique des consommateurs. Il n'y a plus de liste d'opposition à laquelle s'inscrire : c'est au démarcheur de prouver que vous avez accepté d'être appelé.
Le démarchage téléphonique par IA est-il légal ?
Vers un particulier, seulement avec son consentement préalable, et la CNIL l'exige aussi pour les automates d'appel. Vers un professionnel, l'appel peut être permis s'il porte sur son métier, à condition qu'il puisse s'y opposer simplement. Et une IA qui parle à une personne doit le lui faire savoir, sauf si c'est évident.
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Sources
- DGCCRF : Les règles du démarchage téléphonique s'imposant aux entreprises
- CNIL : Prospection commerciale par téléphone (hors automate d'appel), quelles sont les règles ?
- CNIL : La prospection commerciale par courrier électronique, SMS-MMS et automate d'appel
- CNIL : Le démarchage par automate d'appels est-il légal ?
- Bloctel : Fin de Bloctel
- Arcep : Plan de numérotation (décision du 5 septembre 2022)
- DGCCRF : SMS et appels indésirables, le 33 700 facilite le signalement des numéros frauduleux
- Commission européenne : règlement sur l'IA, article 50 (obligations de transparence)